Le communiqué du Conseil des Ministres du 20 décembre 2017 indique l’adoption d’un projet de loi instituant le Service Civique National. Ainsi, il y est rapporté que ce projet de loi « met en place un ensemble d’actions qui visent principalement à l’épanouissement de la personnalité de l’individu et à sa socialisation pour en faire un citoyen conscient de ses devoirs envers l’État et de ses responsabilités envers la société. Il a l’ambition d’apporter des solutions aux problèmes d’incivisme et de dégradation morale pour permettre la construction d’une Nation ivoirienne forte, solidaire, fraternelle et disciplinée».

Pour l’instant, à part cet objectif général, rien n’indique la forme et les modalités de mise en œuvre de ce projet majeur d’intérêt général. Pour notre part, face aux défis majeurs sociétaux et de développement socio-économique auxquels est confronté la Côte d’Ivoire, l’instauration du Service Civique National vient comme un outil stratégique de transformation civique, sociale, culturelle et économique de la jeunesse ivoirienne.

Prenant le cas de la France, le Service Civique est « un engagement volontaire au service de l’intérêt général, ouvert à tous les jeunes de 16 à 25 ans, sans condition de diplôme, étendu jusqu’à 30 ans pour les jeunes en situation de handicap ; seuls comptent les savoirs-être et la motivation». Il faut ajouter qu’en France, tout jeune engagé dans le Service Civique bénéficie d’une indemnisation de 580 euros net par mois. En outre, 9 domaines d’intervention sont concernés : culture et loisirs, développement international et action humanitaire, éducation pour tous, environnement, intervention d’urgence en cas de crise, mémoire et citoyenneté, santé, solidarité, sport.

Le service civique, une nécessité

Même si l’esprit de bénévolat doit prédominer, pour notre part, nous soutenons que le Service Civique National soit obligatoire en Côte d’Ivoire. En effet, il doit avoir pour objectif principal d’être le moule essentiel de l’avènement de l’Ivoirien nouveau, acteur essentiel de l’émergence de la Côte d’Ivoire. Pour cela, le Service Civique National doit être à la fois un passage obligé et un creuset de réforme morale, psychologique, civique, patriotique, culturelle et professionnelle à la portée de tout jeune ivoirien.

Vu sous cet angle, le Service Civique National n’apparait plus comme une importation de l’extérieur. Il constitue un retour aux sources de nos traditions, si l’on tient compte des méthodes de formation des jeunes dans les sociétés africaines ante-coloniales. En effet, chaque société africaine s’est donné des cadres de formation de sa jeunesse afin de garantir et perpétrer ses institutions politiques, sociales, économiques, religieuses et culturelles.

Ici en Côte d’Ivoire, des exemples qui résistent au temps sont là pour le confirmer : les Générations au sud, le Pôros au pays Sénoufo, les Castes chez les Malinkés, les écoles de formation des jeunes filles au mariage dans le Mandé etc. La disparition voire la destruction de ces « écoles de vie » explique en partie, le manque de repère de notre jeunesse de nos jours. Aussi, l’instauration du Service Civique National devra-t-elle s’appuyer sur l’esprit de ces écoles tout en répondant aux objectifs de cohésion sociale et de développement socio-économique actuels de la Côte d’Ivoire.

Une application par catégorie socioprofessionnelle

Dans sa mise en œuvre, le Service Civique National pourra s’étendre sur une durée de 6 à 12 mois et permettre à chaque jeune de servir bénévolement son pays dans son domaine de compétence professionnelle ou sociale. Par exemple, les engagés pourront consacrer de façon hebdomadaire, 32 heures aux activités professionnelles ou d’intérêt public et 8 heures à recevoir des formations dans les domaines de l’histoire, du civisme, de la culture, du vivre-ensemble, etc.

Ainsi, cette disposition pratique viendrait-elle entre autres, pour apporter une solution structurelle à la problématique des stages des étudiants après leur formation. Toutefois, la difficulté majeure à affronter reste la capacité à absorber les jeunes analphabètes et sans qualification précise. Pour ces cas, le Service Civique National doit prévoir un programme spécial qui permet à cette dernière catégorie de jeunes d’être alphabétisée et/ou d’apprendre un métier.

Dans cette dynamique, le service Civique National se présente d’une part, comme un moyen de reconstruction du vivre-ensemble ivoirien. D’autre part, il constitue un outil formidable d’insertion socioprofessionnelle de la jeunesse ivoirienne. Sur le long terme, le Service Civique National apparaît comme un moyen essentiel pour garantir la paix en Côte d’Ivoire voire dans la sous-région.

Ce projet exige bien entendu une véritable volonté politique. Car, pour sa mise en œuvre d’énormes infrastructures sont nécessaires telles que le logement, la restauration, la santé et les autres commodités de bien-être des pensionnaires du Service Civique National. Sans cela, cette belle opportunité de réforme de notre société risque d’être un rendez-vous manqué pour un saut qualitatif de la société ivoirienne. La formation étant la clé de tout changement, l’État ivoirien ne devrait pas rechigner à y mettre les moyens nécessaires.

Nurudine Oyéwolé