Le réalisateur américain Harvey Weinstein est, depuis un certain temps, embourbé dans une série d’accusations d’agressions sexuelles contre des actrices. Dans la foulée de cette affaire, aucun milieu social ou professionnel n’échappe à la multiplication des dénonciations de harcèlement sexuel subi par des femmes. D’après des observateurs, dans le cas du producteur Weinstein, la complexité est que : “tout le monde savait probablement depuis toujours que c’était un prédateur. Mais tout le monde s’est tu ».

Ainsi, l’actrice kenyane Lupita Nyong’o a pris son courage pour le dénoncer publiquement. Elle affirme avoir résisté à plusieurs de ces avances et pu s’échapper in extremis de sa chambre, après un massage qui, visiblement allait virer au « cuissage ». Au sortir d’un diner et devant un nouveau refus, Harvey Weinstein se vexe et lui promet que si elle veut réussir dans le métier, « elle devra faire ce genre de choses ». Tandis qu’il la raccompagne à son taxi, elle lui demande, inquiète d’avoir fait sortir la bête, s’ils sont en bons termes. « Je ne sais pas pour ta carrière, mais tout ira bien pour toi », lui rétorque-t-il (www.20minutes.fr).
Ce décor illustre assez bien le drame silencieux qui se joue dans tous les corps de métier de nos jours. Même les hommes n’échappent plus à la règle.

Qu’est-ce donc le harcèlement sexuel ?
« C’est le fait d’imposer à une autre personne de façon répétée des propos ou des comportements en rapport avec la sexualité. Il peut s’agir de SMS déplacés, de sifflements dans la rue ou de blagues très lourdes qui parlent de sexe. C’est différent de la drague parce que ça se fait sans l’accord de l’autre ».

En France, le harcèlement sexuel est puni de deux ans de prison et de 30 000 euros d’amende. Par contre, si une personne touche une autre de façon intime sans son accord, dans ce cas, on ne parle pas de harcèlement sexuel mais d’agression sexuelle. Cela concerne cinq parties du corps : les seins, les cuisses, la bouche, les fesses et le sexe. Toujours en France, cet acte délictuel peut être puni de cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende. Le viol, lui, est encore différent des agressions sexuelles. Il est considéré comme un crime et puni de quinze à vingt ans de prison.
De ce qui précède, on retient que le harcèlement sexuel est propre à tous les milieux socio-professionnels. Il est, le plus souvent, le fait de personnes qui ont un pouvoir de faire céder la personne harcelée. Car, le harceleur profite de la loi de l’omerta qui règne sur ce sujet et qui laisse les victimes généralement sans défense. Qu’en est-il sous nos tropiques ?

Si dans les sociétés habituées à la liberté d’expression, les langues ont pris du temps à se délier, on imagine bien ce que vivent les victimes sous nos cieux, dans l’indifférence totale. Ici, çà et là on a inventé des termes comme « le droit de cuissage », « les notes sexuellement transmissibles », « passer à la casserole »… comme pour « normaliser » des pratiques de harcèlement ou d’agressions sexuels qui sont punies par la loi.
En fait, pour certains, les femmes sont à mettre en cause du fait de leurs tenues vestimentaires osées, leurs postures résolument sensuelles, leurs vocabulaires « érotiques »… À cela, les opposants à cette thèse objectent qu’il appartient aux hommes d’apprendre à s’y faire, car la femme a le droit de sentir, de vivre et d’exprimer sa féminité. Là se joue en toile de fond, une question sociétale essentielle et relative aux relations hommes-femmes dans la société. Une problématique qui oppose généralement les sociétés dites modernes à celles qualifiées de traditionnelles sur la mixité homme-femme, le code vestimentaire, la sexualité…

On en vient à se poser la question de savoir si, en réalité ces scandales de harcèlement et d’agression sexuels ne mettent pas à nue les limites d’une vision sociétale du Tout-permis. De fait, notre société « mondialisée » n’est-elle pas rattrapée par cette dynamique iconoclaste propulsée par Les Lumières qui fait feu de tout bois de résistance des traditions et religions ?

N’est-ce pas parce que la quête voire la conquête des Libertés a finalement réduit la femme à un simple objet de marchandise, que le Subconscient collectif a fini par banaliser toute la sacralité dont elle devrait jouir en tant que mère et épouse ? Les messages et images que véhiculent les spots publicitaires illustrent assez éloquemment la dynamique ultra-libérale actuelle qui chosifie la femme et rend tout « marchandable » ; même le Sacré !

Il parait qu’on ne peut plus rien contre cette vision sociétale qui, sans conteste, déshumanise et oblige à vivre seulement de rêve d’avoir et de pouvoir. Pourtant, si nous le voulons, individuellement et collectivement, il est encore possible de renverser la tendance actuelle. Comment ? En faisant des choix sociétaux qui placent l’Homme comme sujet et objet de la vie. Car, cette course effrénée actuelle que nous impose la vie n’est qu’un miroir aux alouettes qui nous brouille le sens de notre existence.

À ce propos, le légendaire manager d’Apple, Steve Jobs, au soir de sa vie en 2011 sur son lit d’hôpital, laissait ce testament et résumé de l’existence : « J’ai atteint le sommet du succès dans le monde des affaires. Pour beaucoup, je suis le symbole de la réussite. En dehors du travail je n’ai qu’une joie infime… En ces instants où je suis couché sur mon lit de malade, revisitant toute mon existence, je me rends compte que toute la reconnaissance (mondiale), la richesse dont je suis fier pèsent moins et sont insignifiantes face à la réalité de la mort. »
Alors, revenons à l’essentiel et sortons des illusions déshumanisantes.

Ibn Soliou