Depuis un certain temps, des événements naguère inimaginables se font de plus en plus récurrents. Il s’agit de la remise en cause du principe proclamé sacro-saint d’intangibilité des frontières. En effet, ces derniers temps, l’actualité reste dominée par des volontés scissionnistes à travers le monde. Pour faire court, même si force est de reconnaître que beaucoup de cas sont antérieurs à ce repère, on pourrait affirmer que le déclencheur symbolique de cette dynamique émancipatrice est le Brexit. Un référendum à travers lequel la Grande-Bretagne quitte l’Union européenne.

Un pouvoir central jugé trop étouffant pour les Anglais. Avant cela, les britanniques nous ont donné d’assister à l’organisation du référendum en Ecosse. Un scrutin qui a manqué de peu de sonner la fin de l’Union britannique sous la coupole de la couronne britannique.

Depuis lors, de nombreux indépendantistes qui, en apparence avaient mis en veilleuse leur projet d’émancipation, ont remis le couvert avec vigueur. On peut citer principalement le Kurdistan irakien qui, à la faveur de la fragilisation du pouvoir central irakien, s’est offert un référendum d’autodétermination et proclamer son indépendance. Ce qui n’arrange nullement les voisins de l’Irak. En effet, cet évènement sera à coup sûr un élément déclencheur d’une dynamique de contagion dans les pays voisins qui abritent de fortes populations kurdes. Il s’agit de la Turquie, l’Iran et la Syrie. D’où les mesures prises par ces pays pour étouffer économiquement et diplomatiquement cet État naissant kurde.

Sur le continent africain, il est clair que depuis la partition du Soudan avec la bénédiction tacite de la communauté internationale, les frontières des États hérités de la colonisation deviennent plus que jamais des lignes vraiment imaginaires. C’est pourquoi, bien qu’ayant payé un lourd tribut à la première tentative séparatiste au début des années 1970, les indépendantistes biafrais se font de plus en plus entendre et menaçants. Ce qui n’entend pas accepter le pouvoir fédéral nigérian. En témoigne le discours de dénonciation des acteurs de la fragmentation de l’État fédéral du président Muhammad Buhari, à l’occasion de la célébration du 57è anniversaire du Nigéria le 1er août dernier. À côté, le voisin camerounais semble conjurer les mêmes démons. De fait, la partie anglophone de ce pays réclame une autonomie dans un intervalle de revendications allant de la création d’un état au retour au fédéralisme. À cette liste, on pourrait inclure les volontés indépendantistes touaregs au Mali ou encore la fragmentation de la Somalie avec par exemple le statut ambigu du Somaliland.

Pour revenir à l’Europe, nous avons le référendum organisé par les catalans. Un succès de cette initiative séparatiste pourrait réveiller d’autres cas qui sommeillent : le pays basque en Espagne et en France, la Bretagne et la Corse en France, la Flandre en Italie…. À cela, il faut rappeler la fragmentation admise de la Yougoslavie dans les années 1990.

Pourquoi donc ces marches-arrière de l’histoire alors qu’on est en plein dans la mondialisation ? On pourrait répondre qu’en fait la mondialisation est le nœud problème. Tout se passe comme si cette recomposition du monde en un village planétaire qui tend à unifier les habitudes, rebute les peuples, en particulier les minorités. Ce repli sur soi çà et là est un réflexe de protection de leurs identités par ces peuples. Même si les intérêts économiques sont souvent les vrais enjeux de ces différends, tout commence toujours par des questions identitaires : la menace de la langue et de la culture.

Or, malheureusement, la mondialisation telle que menée (par les plus forts), tend à gommer les particularités pour faire régner une culture dominante, voire une unique forme de pensée supranationale. Un tel projet ne peut qu’effrayer les minorités et les mettre d’accord pour se protéger contre les plus forts. Si rien n’est fait pour changer les paradigmes actuels de la mondialisation, cette tendance au repli sur soi ira crescendo. Conséquemment, les conflits n’en finiront pas de se répandre. Alors, un tel projet humain si prometteur ne sera qu’un grand rendez-vous de l’histoire. Que faut-il donc faire ?

Au plan local, il est impératif que les pouvoirs centraux offrent l’occasion aux minorités de participer à la vie politique, sociale et économique de leurs pays et de profiter équitablement des dividendes générés. Dans cette perspective, se posent les problématiques des types d’institutions politiques à avoir, du partage des richesses nationales et de la valorisation des cultures nationales et/ou régionales.

Au niveau international, les velléités d’indépendance qui se multiplient remettent principalement en cause, l’uniformisation de la pensée et des valeurs qu’impose la mondialisation actuelle. Elles revendiquent plutôt la nécessité de la multilatéralité au plan politique et de la multiculturalité. Les peuples doivent se donner l’intelligence d’apprendre à cohabiter et s’entreconnaitre. Un projet facile à atteindre mais endiguer par les intérêts économiques des grandes puissances du monde que portent généralement les pouvoirs politiques. Pourtant la paix dans le monde est à ce prix. L’espoir pourrait venir de la société civile libre. À condition que celle-ci prenne conscience du pouvoir qui est le sien et accepte de consentir au sacrifice que cela exige.

Nurudine OYEWOLE

Expert en communication