Le Hadj est le 5ème pilier de l’islam. À l’opposé des autres piliers, c’est un acte cultuel qui s’accomplit hors du lieu de vie habituel du fidèle musulman. Car, il exige un voyage vers la terre de naissance de l’islam. Par sa nature même, le Hadj est essentiellement une sorte d’exile du musulman. Une obligation de quitter son logis, les siens et ses biens pour une rencontre, sans fioriture, avec Allah Son Créateur.

En réalité, à travers cet exile, le musulman suit doublement les traces du Messager Mouhammad (paix et bénédiction sur lui). D’abord, comme celui-ci le faisait dans la grotte Hira, où il se réfugiait pour s’extirper de l’environnement polythéiste mecquois d’alors, afin de méditer sur la création. Comme on le sait, c’est bien dans l’exile de cette grotte, une véritable retraite spirituelle faite sur plusieurs années, qu’il reçut plus tard, les premiers versets du noble Qour’ane ; le réceptacle des lois, valeurs et normes qui reformeront la Mecque et le monde par la suite. Ensuite, à l’instar de l’exile auquel il dû se soumettre à Médine pour échapper à la féroce adversité des polythéistes mecquois. Ce qui lui offrit l’opportunité d’y bâtir la première communauté de foi musulmane et par la suite le premier État (islamique) doté d’une constitution, une première dans l’histoire de l’humanité.

On comprend là, tout à fait, que tout espoir de rencontre véritable avec Son Créateur Allah ne peut se faire qu’à la condition de s’exiler tant intérieurement que physiquement. En effet, en se rendant sur ces terres saintes de l’islam, le pèlerin s’extirpe de son environnement et des forces contraignantes habituelles qui constituent de vrais obstacles dans son cheminement vers Allah. Ainsi, en ces terres bénies, il n’a d’autres objectifs que d’adorer Son Seigneur. Tous les instants de sa présence en ces lieux sont rythmés par les actes d’adoration et de méditation dédiés exclusivement à Allah. Par ce fait, le fidèle musulman revient ainsi à sa mission terrestre originelle qui n’est que de n’adorer qu’Allah. Cela, comme Allah dans le signifie si clairement dans le noble Qour’ane au verset 56 de la sourate 51 (Qui éparpillent) : « certes, je n’ai créé les djinns et les Hommes que pour m’adorer.»

Dans cette atmosphère d’adoration, de méditation et de contemplation, loin des attraits illusoires qui assaillent habituellement sa vie, le fidèle musulman retrouve une quiétude indescriptible, un épanouissement à nulle autre pareille. En fait, le fidèle musulman est en ce moment, dans une sorte de fusion avec Son Créateur. Il redécouvre la joie que procure cette mission originelle. N’est-ce pas un bel aboutissement spirituel qui confirme bien ce qu’Allah nous promet dans le noble Qour’ane aux versets 14 et 15 de la sourate 87 (Al, A’ la, le plus haut) : « Réussit, certes, celui qui se purifie et se rappelle le nom de Son Seigneur, puis célèbre la sôlat. »

C’est cela, dans le fond, la magie de la transformation interne que le Hadj opère sur le fidèle musulman. Une réforme essentiellement spirituelle qui, telle une onde, se propage pour se muer en reformes morale, sociale, sociétale et économique. C’est ce qui justifie aussi que le qu’en-dira-t-on soit offusqué face à une attitude immorale d’un el hadj ou d’une hadja. Car, celui-là ou celle-ci sont supposés avoir subi une réforme qui devrait les soustraire à des comportements anormaux, du point de vue des lois de l’islam.

On pourrait objecter que l’accomplissement du pèlerinage à la Mecque ne fait du fidèle musulman une personne infaillible. Soit ! Toutefois, quand le fidèle musulman a eu le privilège de bénéficier d’une telle et intense réforme interne, il lui appartient de travailler à préserver ses acquis. Cela, par son assiduité aux adorations et par son application constante et autant que faire se peut à la bienfaisance. Cette conscience spirituelle et morale doit ainsi devenir l’essence de son existence, le moteur de sa pensée et de ses actions. Car, comme le signifie Allah dans le noble Qour’ane au verset 22 de la sourate 31 (Luqman) : « Et quiconque se soumet à Allah tout en accomplissant des bonnes actions a certes récolté la plus belle des récompenses.»
Toutefois, tout ce qui précède n’est réalisable que si, l’intention de départ du fidèle musulman voulant effectuer le Hadj est vraiment dédiée à rencontrer Allah. Car, comme le Prophète Mouhammad (paix et bénédiction sur lui) souligne dans un hadith rapporté par Boukhari : « Celui qui accomplit un pèlerinage pour le visage d’Allah et ne parle pas futilement, ni n’agit immoralement retournera de tout péché comme le jour où sa mère l’a enfanté. » Qu’Allah facilite le hadj à tous et agrée pleinement nos actes d’adoration. Amine

Nurudine OYEWOLE
onurudine16@gmail.com
Expert-consultant en communication