Les violences sexuelles continuent de faire des victimes malgré la lutte acharnée pour y venir à bout par l’Etat, les ONG nationales et internationales. Bien que punissable par la loi, les auteurs sont dans bien des cas exemptés de toute réprobation judiciaire. Qu’entend-t-on par violence sexuelle ? Quelles sont les personnes les plus touchées par ce type d’agression ? Et quels sont les mécanismes mis en place pour l’accompagnement de ces survivants ?

A 50 ans, Salimata Dagnogo a le courage de raconter au monde ce qui a été l’histoire de sa vie marqué par des violences sexuelles. Mariée de force à 13 ans, elle explique son vécu dans un mariage précoce et forcé. ‘‘ Le monsieur n’avait pas de moyen, il me violait et me frappait. A l’âge de 20 ans j’avais déjà fait mes cinq enfants et ils n’ont pas pu aller à l’école pour faute de moyen’’, raconte Salimata Dagnogo devenu aujourd’hui acteur de lutte contre les VBG. Les enfants issus de viol en paye le prix surtout dans la relation entre les parents comme le fait savoir ‘‘X’’ qui dit ‘‘je souffre du manque d’amour de ma génitrice. Je n’ai pas demandé à venir au monde pour être traité de la sorte. A chaque fois que ma mère me voit, elle dit se rappeler de son passé douloureux et de mon père. D’après ses dires, elle ne m’a pas désirée et elle a été obligée à me donner vie. Je suis un enfant issue de viol.Je suis mentalement épuisé et je ne sais plus quoi faire’’.
Pour le docteur Cacou Chantal, clinicien et psycho thérapeute, ‘‘ une situation de viol est un événement forcément traumatisant. Il y a toujours un avant et un après viol, la survivante ne reste plus jamais la même personne. L’avenir de cette personne va comporter beaucoup de difficulté’’. Mais une alternative est possible pour permettre à la survivante de mettre en place un mécanisme de résilience. Comme le dit la clinicienne, ‘‘ il existe des lueurs d’espoir pour cette personne’’. Une situation de crise mobilise de prime abord, des ressources naturelles, ‘‘ les mécanismes psychologiques font que cette personne essaye de gérer la situation’’ ajoute docteur Cacou Chantal il faut compter ‘‘aussi sur l’entourage dans le processus de prise en charge’’. Le dernier recours en termes de prise en charge consiste à voir un psychologue pour aider la personne à se réparer termine Cacou Chantal, docteur clinicien, psychothérapeute.

Qu’entend-t-on par violence sexuelle ?

Beaucoup de personnes ramènent les violences sexuelles au seul crime de viol. Pour une meilleure compréhension du terme, le coordonnateur du Centre de Prévention et Assistance aux Victimes Sexuelles (Pavvios), Joseph Bedford en donne la définition. Selon lui, quand on parle de violences sexuelles, ‘‘ il s’agit de toutes formes d’agression sexuelle avec ou sans pénétration. On peut citer la sodomie, le viol, les mutilations génitales’’. Pour M. Bedford, l’âge des victimes varie de 02 à 32 ans. Et pour la plupart des survivantes, le plus difficile reste le regard des autres. De ce fait, la dénonciation n’est pas effective.

Un circuit de prise en charge

C’est pour leur donner un cadre adéquat et intime que le centre PAVVIOS a été mis en place. ‘‘Le centre est une structure du Ministère de la femme, de la solidarité et de la Protection de l’Enfant (MFSPE) qui a été crée en 2008 et a pour mission de restaurer la dignité des femmes en détresse suite aux violences sexuelles. Mais on essaye de prendre en compte toutes les autres formes de violences faites aux femmes’’ indique Joseph Bedford. Pour ce faire, un cadre d’écoute et d’accompagnement aux survivantes est mis à leur disposition. Ce circuit dénommé ‘’circuit PAVVIOS’’ fait une prise en charge holistique avec l’implication de tous les acteurs c’est-à-dire le centre social de la mairie, le centre social, la police, les médecins, les assistants sociaux et la société civile. ‘‘ La première action est d’amener la survivante à voir un médecin afin de faire un diagnostic et ensuite enclencher les autres procédures tels que la prise en charge psychologique, judiciaire et souvent la réinsertion sociale avec les activités génératrices de revenu’’ explique Joseph Bedford du centre PAVVIOS.

Le déficit de statistique

Pour l’année 2016 ce sont 116 cas d’agression sexuelle et 595 cas de viol qui ont été enregistrés. Mais les auteurs restent souvent inconnus et ou échappent aux exigences judiciaires. La crainte d’être stigmatisé par les autres, leur réaction de reproche, le coût élevé des certificats médicaux, le sentiment de culpabilité et les règlements à l’amiable sont entre autre les raisons évoquées comme le souligne Lath Didier expert national en genre, chargé de la protection des enfants et des femmes au MFSPE. Les règlements à l’amiable, Pour, des arrêtés ont été mis en place pour moins le processus de dénonciation, si avant le certificat médical était exigé pour porter plainte, il peut intervenir aujourd’hui à la fin.

L’implication des guides religieux et coutumiers

Quant aux règlements à l’amiable, l’implication des guides religieux et communautaires est indexée. Aké Valérie Chantal, assistante social au centre social à yopougon port Bouët 2 et point focal VBG, denonce ‘‘ les gens préfèrent régler les cas de VBG à l’amiable, ils se réfèrent les guides communautaires et religieux, pour ne pas être amenés à la police or les VBG sont punissable par la loi’’. Pour ces guides, cette approche de règlement s’inscrit dans leur fonction de chefs des deux parties. Selon Issa Coulibaly chef provincial du canton de Korhogo, ‘‘ avant les auteurs de violences étaient frappés mais maintiennent, on leur donne des conseils sévères pour qu’ils ne recommencent pas, parce que nous sommes des guides des deux parties’’.
Le règlement à l’amiable ne doit pas être toujours le recours pour tous les actes d’agressions, c’est ce que nous relève l’imam Lamine Sy Savané, président de l’organisation à l’appui à la promotion et la protection des droits humain (OAPPDH). Il dira ‘‘ les règlements à l’amiable existent partout et c’est vrai que nous sommes des guides religieux et la religion demande la tolérance. Mais lorsqu’une jeune fille est violée et que nous allons demander pardon, nous ne pensons pas à l’avenir de cette jeune fille puisqu’elle est marquée à vie’’. Des séquelles qui sont d’ordre physique et psychologique avec des retombés à long terme.

Afin de rendre justice aux survivantes, le centre PAVVIOS a enregistré quelque cas de condamnation allant de 2 à 10 ans d’emprisonnement. Et c’est le lieu pour le coordonnateur Joseph Bedford d’appeler la population civile et les médias à s’impliquer dans la sensibilisation pour une Côte d’Ivoire avec “zéro violences sexuelles”.
Entre le 1er janvier 2012 et le 31 décembre 2015, la Division des droits de l’homme (DDH) a pu documenter 1.129 cas de viol affectant 1.146 victimes à travers tout le territoire de la Côte d’Ivoire. 66 % des victimes étaient des enfants, dont 1% de garçon.

Sidibé Ramatou
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