La réconciliation nationale prisonnière de nos émotions ?

Le vendredi 14 décembre 2018, suite à l’examen de la demande de mise en liberté des avocats de Laurent Gbagbo, les juges de la CPI en charge du dossier devraient rendre leur verdict. Les commentaires des médias faisaient croire à un pronostic en faveur de l’ancien président ivoirien. Puisque d’après ceux-ci, tout était réglé et qu’il ne restait qu’à trouver le pays d’accueil. L’interview du président Henri Konan Bédié à la chaîne France 24, où il souhaitait le retour de Laurent Gbagbo, en rajoutait à probable libération provisoire. Alors, suite à une information qui aurait diffusée par l’avocat de Mme Gbagbo, la rumeur de la libération de Laurent Gbagbo, à la vitesse de la lumière, a envahi Abidjan et toute la Côte d’Ivoire.

Évidemment, à juste titre, les militants du FPI ont laissé éclater leur joie. Des scènes de joie indescriptibles, principalement à Yopougon. Des douleurs et frustrations de tous ordres, longtemps contenues ont trouvé ce jour un exutoire. Malheureusement, au lieu de percevoir en cette liberté supposée un point de rupture pour sceller un nouveau pacte du vivre-ensemble perdu par les Ivoiriens, beaucoup de nos compatriotes sont restés prisonniers de leurs émotions.

Si tant est que la nouvelle était vérifiée, ce jour devrait être celui du rassemblement d’un nouveau départ pour notre pays. Au contraire, on a plutôt été surpris d’entendre des propos condamnables et déplorables qui ont refroidi tous ceux qui misaient sur une belle occasion de réconciliation vraie entre Ivoiriens. Là apparait la problématique de l’émotion dans la vie de tous les jours. Au sein du couple, dans la famille, l’entreprise, la vie communautaire et principalement dans la construction du vivre-ensemble en vue de l’avènement de la nation.

Oui, l’émotion quand elle est mal maîtrisée, devient un piège, une chaîne à nos pieds qui nous empêche de sortir de la prison de nos convictions erronées. C’est pourquoi, le célèbre psychologue américain Aaron Beck affirme : « Le principal problème du raisonnement émotionnel est que, une fois que nous permettons à nos émotions de se transformer en vérités assumées, il est très difficile de lever l’ancre de ces iles habitées par la tourmente. »

A vrai dire, il ne faut pas se laisser gagner par le désespoir au vu de ce qui est arrivé le vendredi 14 décembre 2018. Ce fut un test en grandeur nature qui a permis de sonder et de percevoir sans voile l’état d’esprit d’une partie des Ivoiriens sur la question de la réconciliation nationale. Est-ce pour cela que les autres Ivoiriens et les responsables politiques de notre pays doivent eux aussi se laisser prendre au piège de l’émotion. Que Nenni !

Sans exagérer, il apparaît clairement que le vrai problème de la Côte d’Ivoire, réside dans le fait qu’une bonne partie des Ivoiriens soient principalement captifs de leurs émotions. Or, comme l’analyse Aaron Beck : « Si nos pensées restent embourbées à cause de sens symboliques biaisés, de raisonnements illogiques et d’interprétations erronées, nous deviendrons, en réalité, aveugles et sourds. » C’est ce que Aaron Beck appelle la distorsion cognitive.

Qu’on le veuille ou pas, nous sommes condamnés à vivre ensemble et à nous entendre, pour construire main dans la main, la Côte d’Ivoire unie, paisible et prospère pour les futures générations. C’est pourquoi, les responsables du pays, les chefs religieux et coutumiers, la société civile, chacun à son niveau, nous savons maintenant le chantier auquel nous devons tous nous attaquer, dans nos familles, quartiers, villages, villes, communes, lieux de cultes, etc.

Au total, il faut aider les uns et les autres à sortir de la prison de l’émotion. Sur ce nouveau chantier, il faut se féliciter que certains de nos compatriotes ont déjà montré la voie à suivre à leur manière, à travers des vidéos sur les réseaux sociaux. Ivoiriens, pour une fois, mettons la Côte d’Ivoire au-dessus de tout. Sortons de la prison de nos émotions. Allons vers l’autre, voyons en lui un allié, un frère ou une sœur et faisons le pari que c’est dans l’amour de l’autre qu’on trouve l’arme fatale de le vaincre.

Ibn Sôliou

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