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La chronique du vendredi : les Imams et nous

La qualité de l’organisation de la communauté musulmane est reconnue par tous. Cette organisation a été basée sur trois piliers principaux : Le Conseil Supérieur des Imams le (COSIM), le Conseil National Islamique (CNI) et l’Association des Elèves et Etudiants Musulmans de Côte d’Ivoire (AEEMCI).

Le Conseil Supérieur des Imams est l’organe qui regroupe tous les Imams. Le Conseil National Islamique regroupe les communautés et les associations islamiques. Le CNI regroupe essentiellement des cadres laïcs, bien que son Président soit Imam. Le COSIM a un rôle de garant de la spiritualité musulmane, tandisque le conseil national a un rôle plus opérationnel, et d’animateur au quotidien de la communauté. Mais au fil du temps et des réalités, le Conseil Supérieur des Imams et le Conseil National adoptent leur stratégie en tenant compte du contexte national et communautaire. Le bilan que l’on peut faire de cette cohabitation entre trois grandes organisations est aussi le reflet du bilan de travailréalisé par les imams et les cadres laïcs.

Grâce à la cohabitation harmonieuse entre les imams et les cadres laïcs, les résultats suivants ont été atteints :
1. La fin du désordre au niveau de la représentation de la communauté musulmane de Côte d’Ivoire
2. La prise en compte par l’Etat ivoirien des fêtes et évènementsislamiques importants aux yeux de la communauté musulmane. Le lendemain de la nuit de destin et la fête de MAOULOUD sont chômés ;
3. La possibilité pour les dignitaires religieux musulmans de s’adresser directement au chef de l’Etat lors des cérémonies de présentionsdes vœux du nouvel an ;
4. La création de la radio Al Bayane
5. L’organisation du hadj
6. L’avènement de groupes scolaires confessionnels musulmans
7. L’existence d’un dialogue inter religieux permanentà travers le forum des confessions religieuses
8. Initiation d’opérationcommunautaires dans tout le pays comme l’opération solidarité ramadan et la collecté de fonds pour la radio al bayane et la télévision Al Bayane ;

Tous ces résultats positifs n’auraient jamais pu être atteints sans une étroite collaboration entre les imams et les laïcs. Un exemple de cette collaboration est la rédaction des sermons et des allocutions des imams lors des évènements officiels. Les textes étaientécritsentièrement par les laïcset lus par les guides religieux après une concertation commune. Donc les sermons et les allocutions sur des sujets très sensibles politiquement,étaient le fruit d’une concertation entre les imams et les laïcs. Les grands projets structurant comme l’organisation du hadj, la radio Al Bayane, le premier Groupe Scolaire Confessionnel Musulman lancé par le CNI (IQRA), le deuxième groupe lancé par le COSIM ont tous été conçus par cadres laïcs. Mais les imams ont porté ces projets devant les autorités nationales et les bailleurs de fonds arabes. Leurs cautions morales et religieuses ont rendu les rêves des cadres possibles.

Le groupe des éditionsAlif, société éditrice des périodiques ISLAM INFO est une autre illustration de cette collaboration entre les imams, les cadres laïcs et les étudiants. Islam info est né sur les cendres du périodique “ Polume libre’’grâceà l’implication personnelle et décisive de l’imam Idriss Koudouss Koné. Celui-ci a pu obtenir, un appui de l’actuel Ministre Ahmed Bakayoko alors patron du groupe de presse MAYAMA Edition. Ainsi la prise en charge gratuite de la micro-composition et de l’impression a été assurée pendant plusieurs années gratuitement. Et jamais l’imam Koudouss n’est intervenu dans la gestion éditorialede ISLAM INFO. Les nouveaux lycées confessionnels et les centres de santé lancés par le COSIM, ces projets sont conçus par les cadres laïcs. Mais il a fallu l’implication personnelle et décisive du Cheick AHIMA auprès des bailleurs pour obtenir le financement de ces projets.
Ainsi hier comme aujourd’hui les imams et les cadres laïcs ont toujours travaillé en harmonie dans un environnement où les uns complètent les autres selon des compétencesspécifiques.
Bien entendu, la vie en société, ou en communauté, n’est jamais un fleuve tranquille. Selon les saisons, il y a des crues ou des décrues. Mais jamais les cadres laïcs et les imams ne se sont opposés ouvertement et durablement. Bien au contraire, quand les cadres ont quelques problèmes internes, les imams interviennent spontanément pour le résoudre. Il en est de même, quand chez les imams il y a des problèmes les cadres interviennent aussi spontanément.Car après tout, les imams et les cadres laïcs sont des hommes avec leurs forces et leurs faiblesses. Cependant il faut le reconnaitre, la communauté musulmane a eu très tôt la chance d’avoir des imams compétents, honnêtes,désintéressés et modérés vis-à-vis des hommes politiques tout en étant déterminés à défendre les causes de notre communauté. Leur humilité les a conduits à partager le travail islamique avec les cadres laïcs engagés et tout aussi désintéressés. Ces cadres laïcs ont souvent pris des risques professionnels en s’affichant aux côtés de certains imamsouvertement vomis par les pouvoirs politiques qui assimilaient islam et terrorisme.

Pour la cause de notre communauté, les Imams et les cadres ont été ensemble courageux face à l’Etat de Côte d’Ivoire. Deux exemples me viennent à l’Esprit. Celui du discours mémorable, du Cheick AHIMA face au président Robert GUEI quant à la situation politique lorsqu’il a martelé la célèbre phrase suivante. “Les mêmes causes produisent les mêmes effets’’. Il y a aussi l’implication directe de l’Imam Koudouss pour sauver la vie d’un cadre pharmacien à MAN, responsable du CNI local enlevé par les escadrons de la mort, qui s’apprêtaient à l’exécuter. On a vu également Imams, cadres, et jeunes musulmans, dans une marche de protestation contre le harcèlement des Imams, et l’assassinat de l’Imam SAMASSI MAHMOUD en pleine période de l’ivoirité et de la guerre militaro civile. Ce sont des moments douloureux, des épreuves dans la vie de la nation qui ont été vécus ensemble par les Imams, et les laïcs et qui récent doivent impacter positivement sur l’avenir des relations entre les Imams et nous. Car ces enjeux du futur sont encore aussi nombreux que divers. Quels sont les enjeux ? Que faire et comment faire avant et après 2020? (Prochainement).

Par Abou KhalFatim

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